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      23/06/2007 - PSYCHOTROPES VEGETAUX DES CHAMANES ANDO-AMAZONIEN

       

      PSYCHOTROPES VEGETAUX ET CHAMANES EN AMAZONIE ANDINE

      François Luis-Blanc in « Médecins et Chamanes des Andes » Editeur l'Harmattan

      Les chamanes ando-amazoniens font usage de nombreuses plantes bien répertoriées[1]:

      La coca (Erythroxylon coca), universellement répandue sous la forme de son alcaloïde la cocaïne, était la feuille sacrée des Incas, réservée surtout à l'usage des princes, les Panacas ; elle était parfois distribuée au peuple à l'occasion des fêtes officielles. Les propriétés de cette feuille sont remarquables: sédatif de la soif et de la faim, défatigant, traitement du mal de l'altitude, le sorroche, par les vertus de son alcaloïde sympathomimétique, analgésique et anesthésique2. erythroxylon cocaCueillies sur un arbuste cultivé dans le piémont andin au Pérou comme en Bolivie, les feuilles séchées sont portées dans un sac de laine brodée, la uncunia en quéchua ou cocatari en aymara et mastiquées par les indiens, c'est la chaccha, selon l'habitude héritée du coquéo, La feuille est mâchée en même temps que de la poudre calcaire dont l'alcalinité favorise l'extraction du principe actif par la salive, du moins le suppose-t-on. Cette plante est donc devenue la source et le symbole du stoïcisme indien face à sa misère. Mais la coca joue aussi un rôle fondamental dans les rites de divination au cours des sessions rituelles. Lors de leur chute sur la table de divination les feuilles dessinent par leurs formes et leurs couleurs variées des figures que le guérisseur, yatiri, déchiffre comme les pages d'un livre ou les cartes de nos diseuses de bonne aventure.

      L'intoxication par la cocaïne présente certaines particularités. La mastication comme l'aspiration nasale et l'ingestion de base provoquent une euphorie accompagnée de confusion mentale, d'hallucinations visuelles puis de somnolence. L'usage chronique, fréquent chez les indiens vivant dans les zones de plantation, peut induire une déchéance physique et psychique.

      cactus san Pedro, figures de NazcaLe cactus San Pedro (Trichocereus pachanoi) rencontré dans le nord du Pérou3 est riche en mescaline.et se distingue du cactus cierge vulgaire par le nombre de rainures de son corps octogonal dépourvu d'épines4 .Sa préparation se fait par ébullition de trois cactus coupés en rondelles cuits en infusion dans cinq galons d'eau, de midi à six heures du soir, jusqu'à évaporation du liquide.

      La mescaline s'apparente par sa structure aux médiateurs nerveux dopamine et cathécolamines et elle déclenche des réactions communes à celles observées avec le Peyotl au Mexique. Elle agit sur les centres optiques et peut transformer les perceptions auditives en impressions lumineuses sous forme d'étincelles ou de boules intensément colorées.

      L'intoxication commence par des troubles sensoriels accompagnés d'hallucinations psychomotrices visuelles, auditives et cinesthésiques.

      Le sujet a une impression de déplacement de ses organes et sa vision devient kaléidoscopique. Les illusions sensorielles peuvent se traduire par une macropsie, augmentation de volume des objets, par une métamorphose des choses et des êtres avec un sentiment de distanciation ou d'intériorisation de ceux-ci, ou enfin par leur déformation en images fantastiques. La perception du temps est également altérée ce qui peut donner au sujet l'impression d'être transporté en d'autres époques ou d'autres lieux, expérience que traduit bien l'expression "voyage", ou "vol astral" comme le décrivent les chamanes andins.

      La phase hallucinatoire est parfois suivie d'un apaisement propice à l'introspection et à la méditation. Mais le retour à la réalité est le plus souvent vécu comme une épreuve angoissante, accompagnée de troubles de l'idéation, d'une gêne au cheminement des pensées et à l'élaboration de raisonnements, d'une fuite des idées et d'une obnubilation. A cette confusion mentale s'associent après l'usage chronique de ces substances des troubles de l'affectivité et de l'humeur à type d'euphorie alternant avec la dépression, accompagnés d'angoisse et parfois de crises catatoniques.

      Le Floripondio ou Misha blanca rei, appelé encore rastrera curandera pour ses pouvoirs diagnostiques des maladies, est un arbuste ornemental aux belles fleurs en cornets blancs de la famille des solanacées (Datura arborea) rencontré dans les jardins de la région de Cuzco. Il est encore décrit sous le nom de Kampacho et ses feuilles sont parfois fumées comme traitement de l'asthme. Le fruit épineux et décoratif, frit comme une pomme de terre puis conservé dans un flacon d'alcool, est riche en alcaloïdes tropaniques, hyoscyamine et scopolamine à effets parasympatholytiques et il peut être utilisé en frictions contre les rhumatismes ou les douleurs névralgiques par ses vertus analgésiques.

      ayahuascaLe Chamico (Datura stramonium) est une autre espèce de datura poussant au bord des chemins de la Vallée Sacrée comme un chardon à fleur bleue. Les semences du fruit sec épineux sont communément appelées "tue chien et chat". Les gens qui le consomment, parfois à leur insu, sont plongés dans la démence. Les feuilles brûlées appliquées en friction ou prises en "mate", infusion, soulagent les rhumatismes. La stramoine connue sous le nom de jimsonweed dans le monde anglosaxon, comme les autres daturas, contient les alcaloïdes neurosédatifs et antispasmodiques de la belladone, l'atropine et la scopolamine, présents dans toutes les parties de la plante mais concentrées surtout dans les semences. Leur ingestion produit un syndrome d'intoxication atropinique avec confusion, tachycardie, hyperpyrexie et mydriase.

      La scopolamine présente dans toutes les solanacées atropiniques dites "mydriatiques", dont la formule est proche de celle de la cocaïne, provoque après l'intoxication aigüe une amnésie antérograde que le guérisseur peut mettre à profit durant sa cure pour induire l'émergence de pensées ou d'obsessions révélatrices du conflit vécu par le patient, à l'origine de son mal. La hyoscyamine, autre principe actif retrouvé dans ce groupe de plantes, est un dépresseur cérébral avec un effet antiémétique parfois utilisé pour l'induction anesthésique.

      L'Ayahuasca (Banisteriopsis caapi) dont l'on a identifié de nombreuses espèces dans la forêt amazonienne est une forme de lierre, appelé "la liane des dieux". Ses principes actifs, l'harmine ou télépathine, la tetrahydroharmine et la harméline ont de puissantes propriétés psychotropes qui peuvent induire une déstructuration de la personnalité. Pour l'extraction, il faut broyer la plante dans une marmite de terre où l'on jette également des feuilles de yage ou oje (Hameadycton amazonicum) brassées et additionnées à plusieurs reprises jusqu'à remplir la marmite à moitié et complèter avec de l'eau. Le tout est cuit à feu doux en prenant bien garde de ne pas laisser déborder le liquide qui laisserait échapper l'esprit maléfique de la plante capable de s'en prendre au préparateur.

      banisteriopsis caapiL'harmine est une bétacarboline retrouvée dans d'autres plantes comme la passiflore en Europe. L'hypothèse a été formulée qu'elle existe peut-être spontanément dans le cerveau comme neuromédiateur5. Les bétacarbolines jouent un rôle probable dans le contrôle de l'anxiété et elles possèdent une activité convulsivante à côté de leur propriété psychomimétique hallucinogène. Elles provoquent ausi des diarrhées et des vomissements qui au regard des patients participent à l'élimination de leur mal. Elles favorisent aussi le catharsis des conflits par le biais de la crise d'agitation psychomotrice qu'elle déclenche dont la richesse du contenu émotionnel objective les conflits du malade6.

      La liane a un effet purgatif lorsqu'elle est préparée seule ou potentialise la DiméthylTryptamine(DMT) dans l'association harmine-DMT. Le cocktail de β-carbolines présent dans l'ayahuasca est nettement purgatif, psychoactif et finement psychédélique. Les effets psychotropes d'une décoction non réduite d'ayahuasca-liane sans additif, tels qu'ils ont été observés durant une diète de 4 jours à Tarapoto, recouvrent bon nombre de ceux décrits pour le mélange. En vrac et résumé : magnification de la perception des sons, des couleurs et des contours (détails), sensibilité exacerbée aux odeurs, introspection, prise de conscience du corps (notamment de la sphère gastro-intestinale), perméabilité à l'Autre[3]6b.

      Voyez un clip d'une session rituelle "Ayahuasca" en Amazonie au centre TAKIWASI

      Look at a clip of a ritual session "Ayahuasca"in Amazonia, at the Takiwasi Center

      http://www.youtube.com/v/0_fZDZIlFjg&hl=en

      Le Toe ou San Pablo, pusanga purga (Datura speciosa) est également originaire de la forêt amazonienne. Cette plante hermaphrodite est classée comme mâle si elle présente de grandes feuilles ou comme femelle si ces dernières sont petites, arrondies et particulièrement moins riches en principes actifs. Ses fleurs élégantes, semblables à des clochettes blanches prennent avec le temps une coloration jaune grisâtre. Elle est parfois utilisée comme philtre d'amour ou llama-llama pour obtenir des faveurs amoureuses d'un partenaire réticent. Il suffit d'ingérer trois feuilles, le plus souvent avec de la ayahuasca pour être mareado, affecté par ses effets7.

      Le tabac sauvage (Nicotiana rustica), bien connu dans la Vallée Sacrée comme supaïccarco , est aussi appelé "l'herbe pour se moquer des ivrognes" car introduit dans la chiccha, un alcool fermenté de maïs, il déclenche une ivresse désopilante et sauvage. Chez la femme il a la réputation de réveiller un désir fougueux. Son usage remonte à la période précoloniale espagnole8.

      Le condor purga (Lycopodium sp.) ou le ckoto-ckoto (Apodanthera herrerae), une autre liane grimpante de la région amazonienne, sont associés fréquemment aux breuvages comme vomitifs-purgatifs pour contrôler les effets nocifs des psychotropes et en accélérer l'élimination après la cure rituelle.

      La huilca ou vilca (Anadenanthera colubrina) est connue dans le sud du Pérou, en Bolivie et en Argentine dans sa variété sébil. Ses semences contiennent des alcaloïdes de la tryptamine et de la bufoténine, substances qui, également fort prisées des sorcières du moyen-âge européen, s'apparentent à la sérotonine, un neuromédiateur du cerveau.

      Le huanarpo (Iatropha ciliata, euphorbiacae), appelé encore palo de grado, barbasco, figue del duende, est l'une des plantes les plus renommées pour la magie amoureuse, par ailleurs entourée d'un véritable halo de légendes qui mériteront d'être relatées ultérieurement. D'autres plantes nombreuses et huanarpovariables selon les régions et les pratiques des guérisseurs, trouvent aussi leur place dans cet arsenal rituel, thérapeutique ou divinatoire, et leur description peut être consultée dans les articles référenciés 9,[4] .

      Circonstances rituelles de la prise de psychotropes:

      L'usage rituel des hallucinogènes par les guérisseurs s'effectue dans le cadre de sessions curatives ou divinatoires, parfois aussi destinées à l'envoûtement maléfique ou amoureux. Le rôle joué par les psychotropes dans le rituel curatif a été bien mis en lumière par des psychiatres péruviens9:

      "Certaines substances provoquent des diarrhées et des vomissements dont l'apparition signe pour le malade l'efficacité du breuvage par l'expulsion du daño, le mal, à travers les excréments. Par ailleurs, l'effet de mareacion, le malaise induit chez le malade, se traduit par une obnubilation, une labilité émotionnelle, une plus grande facilité d'expression et la multiplication de fantasmes, toutes manifestations qui renforcent le pouvoir de suggestion du guérisseur".

      Le guérisseur absorbe le breuvage en même temps que le patient mais témoigne d'une meilleure tolérance à ses effets par l'usage habituel qu'il en fait. Par ailleurs, la prise de San Pedro par exemple, riche en mescaline, ou d'autres plantes hallucinogènes lui permet d'analyser à travers ses hallucinations construites autour de l'anamnèse du patient, tout le contexte de la maladie, ses causes et les traitements à prescrire par un phénomène de rastreo, divination par balayage intuitif et empathique, au sens propre du terme. Le guérisseur tente par son entraînement professionnel d'assumer une attitude objective vis à vis de ses propres hallucinations qui font défiler des images et des scènes en partie suggérées par le dialogue avec le patient, dans une démarche qui n'est pas éloignée de celle de la psychanalyse ou de l'hypnose.

      table du alto-misayok CuscoLa table curative où se déroule le rituel est couverte d'objets symboliques dont le pouvoir de suggestion sert de support sensoriel aux délires hallucinatoires, à l'instar des tests projectifs utilisés par les psychologues modernes. Au regard du médecin occidental, la démarche du guérisseur d'invocation des forces naturelles et d'absorption de l'énergie cosmique s'apparente à la concentration des pensées induite lors d'une séance d'hypnose, autour d'un univers représenté de façon symbolique sur l'espace réduit d'une table où peut se dérouler toute la trame d'une existence.

      La réaction des patients aux effets conjugués des modificateurs de comportement et de la séance rituelle varie en fonction de leur disposition individuelle10. Elle oscille de la simple hilarité ou de la prostration jusqu'à la véritable transe spirite avec crise épileptoïde. Le malade a ainsi l'opportunité d'extérioriser ses conflits par son activité délirante, autant par son discours, souvent incohérent, que par sa gestuelle.

      achachila(sur cette photo, prise à un puits sacré de Tarapoto, les indigènes ont reconnu l'esprit de la cascade),

      Le symbolisme des images visualisées durant les hallucinations varie en fonction de l'univers culturel des sujets, visions de serpents python par exemple pour les patients amazoniens, visions de dragons pour des patients occidentaux. Il s'agit souvent de projections individuelles, souvent en relation avec les conflits du patient, que le chamane pourra ensuite interpréter empiriquement dans un but thérapeutique lors du dialogue consécutif à la prise de substances psychotropes. C'est de telles sessions que l'on peut espèrer retirer de nombreux enseignements sur l'art de guérir des sorciers ou chamanes péruviens.



      [1] CABIESES F., 1993..-- Apuntes de Medicina Tradicional: la racionalizacíon de lo irracional, 331 p, Lima, Diselpesa

      2 MEDINA CASTRO L.D., 1960, folklore medico, Conferencias Secigra.

      3 CHAUMEIL J.P., 1985, Prise d'hallucinogènes et transe chamanique: un exemple de l'Amazonie péruvienne . In Transe, Chamanisme et Possession, p 55-61, Ed. Serre, Nice.

      4 Les Nazcas le représentaient déjà comme un être anthropomorphe sur leurs céramiques. Ce cactus en effet s'épanouit et fleurit à l'image d'un corps humain dont sont dessinés la tête avec un front saillant, la poitrine où est marquée le coeur, et les membres correspondant aux ramifications (GUSHIKEN J.J., 1979, Tuno el Curandero, p 187, Ed. Biblio. Univ., Lima).

      . LUIS-BLANC ET AL., 1988, Cure magique par les guérisseurs andins, in Psychotropes, 4, p53-58.

      5 MÜLLER W.E. ET AL, 1981, On the neuropharmacology of harmane and other betacarbolines, in Pharmacology, Biochemistry & Behavior, Vol 14, p 693-699.

      6 CHIAPPE M., 1970, Psiquiatria folklorica peruana. In Psiquiatria en la America Latina, Ed. Rosselli, Bogota.

      6b [3] BOIS-MARIAGE F., Ayahuasca : Une synthèse interdisciplinaire. Psychotropes, Vol 8, n°1, p 79-113

      7 SEGUIN C.A., 1979, Psiquiatria folklorica, p 105, Ed. Ermar, Lima.

      8 DE SMET P., 1985, A multidisciplinary overview of intoxicating snuff rituals in the western hemisphere, in J. of Ethnology, 13,.p 3-49.

      9 DOBKINS de RIOS M., 1979 La cultura de la pobreza y el amor magico, in Psiquiatria folklorica, Seguin (Eds), Lima, Ermar, p 109.

      9 CHIAPPE M., 1970, Op cit., p 76-92

      10 L'activité hallucinatoire du peyotl par exemple varie entre un sujet indien et un blanc américain en fonction de son idiosyncrasie culturelle (WALLACE A.F.C., 1963, Cultura y Personalidad, Ed. Paidos, Buenos Ayres)


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      18/10/2007 - antoniamsaba@hotmail.com
      Publié par Anonymous
      hola françois: Me ha gustado mucho tus artículos sobre plantas alúcigenas y veo que de eso entiendes
      un rato. Un saludo desde Ayamonte. Antonia-M.

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