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      26/05/2008 - Andes, de l'horreur à l'extase


      ANDES  De l’horreur à l’extase (I)    

      choza sur l'altiplano

       Look at a movie about crossing the Andes by a port at 4300m, under the Veronica summit; click at :

      http://www.youtube.com/v/30bYv2gx6dY&hl=fr

      A nouveau sur la brèche pour agiter mes projets andins. Loin des soucis matériels quotidiens de France, je savoure paix et harmonie, dépouillé de vaines ambitions. Réchauffé au feu des amitiés péruviennes. Rendre grâce pour cette liberté retrouvée, cette opportunité de renouer avec ma Jérusalem, ma Mecque des Andes, Cusco, ombilic de mon univers, ville haute comme Machu Pichu, lieux sacrés qu’il faut mériter ; là où ma recherche spirituelle et humaine a trouvé son aboutissement.Retour à Cusco avec un sentiment d’humble révérence. Inconfort aussi, vie spartiate, douleurs, humiliation organique, lenteur d’idéation, parasites de la peau. Mais la grande famille est réunie à mon arrivée, Pepe, Doris, Rosa, Santiago, Carmela. Voici leur livre, leur histoire qui sera publiée un jour en espagnol pour faire connaître la cosmovision andine et les débuts épiques de l’Ecole de Médecine aux visiteurs étrangers.Demain, à peine débarqué, l’expédition à Paucartambo, 2800 mètres d’altitude, en compagnie des jeunes médecins. Je le souhaitais secrètement. De bon augure.

      ayllu A 5 heures du matin, les montagnes fumant toutes leurs pipes géantes, ascension de deux heures, à un pas de sénateur pour moi. Je suis accompagné par un ange gardien indien, Justino, voiture balai qui a reçu la consigne de me porter si besoin est. Je ne lui imposerai pas le fardeau de ma personne heureusement, malgré mon cœur en chamade, mes poumons au bord de l’asphyxie et ma tête prête à exploser. Je m’arrête fréquemment et progresse cahin-caha jusqu’au plateau du village, où je débouche trente minutes après les jeunes jambes. Premier coup de folie pour moi, dans le but de sonder mes réserves vitales. La carcasse grince mais avance toujours. La mauvaise graine résiste. Depuis l’aube, cinq heures de marche en altitude, 500 mètres de dénivelé, le corps torturé mais en résistance. « Marche ou crève ». Une dernière sortie dans les communautés indiennes auxquelles je doutais de pouvoir accéder encore. Un rajeunissement de 18 années.

      Assemblée communale des 70 chefs de famille en chaude discussion : un bébé est mort, les responsabilités sont discutées : a-t-il été transporté trop tard au poste de santé ? Une amende est votée à contre cœur, entre 100 et 200 soles pour les retards d’examens de grossesse ou les décès injustifiés. Mais qui a le droit de juger une mort inutile ? Dans la salle étroite, l’air est chauffé à la présence humaine. La sueur des hommes remplit l’atmosphère d’un remugle de paille et de coca, mais cela ne pue pas. Une visite des tinettes, les latrines que les villageois ont grand peine à accepter et utiliser convenablement. Cela n’entre pas dans les habitudes incas et déféquer au grand air, face au paysage sublime, est tellement plus agréable ! Pour donner l’exemple, j’inaugure un cabanon avec mon liquide doré. vallée paucartamboVisite d’une maison de pierre à l’ancienne, toit de chaume, complètement enfumée à l’intérieur après des siècles d’usage du foyer et du four à pain, sans cheminée. Fabian s’est construit à côté une demeure toute neuve en adobe et toit de tuiles romaines, deux niveaux et plusieurs ailes, un vrai luxe, mais sans garantie en cas de déluge ou de tremblement de terre. Les étages sont interdits officiellement, pour défaut de résistance aux pluies torrentielles. Donc au risque et au péril du bâtisseur. Fabian dispose de sa propre source, abondante, entourée d’un bosquet d’eucalyptus, rempli de fleurs grimpantes, partiellement capté et branché sur des tubes métalliques pour l’irrigation. Un esprit progressiste plane sur cette famille. Un rideau de pluie s’abat sur nous, source de vie pour les agriculteurs et bénédiction pour les semailles. Qui songerait à s’en plaindre ? 

      choza

      Quelle joie de reprendre le travail en groupe, en prodiguant mes conseils et relatant mes expériences dans mes livres. Fugace bonheur en examinant un bébé puis sa famille, au seuil de la maison du chino Aquino enduite de chaux ocre, sur un banc couvert de tissus flamboyants, en plein soleil. Au poste de santé, je me replonge dans les textes sur les plantes médicinales en écoutant de belles musiques populaires sudaméricaines, Roberto Carlos « La guerra y la poesia », et des chansons engagées de Pedro Suarez Vortiz, un argentin, et Alberto Plaza, un chilien. pédiatrie aylluEnthousiasme communicatif de ces jeunes médecins dévoués au progrès de leur pays, se consacrant durant trois mois à l’amélioration des conditions de vie de leurs concitoyens campesinos arborigènes. Moment de grâce et de joie vibrante, de partage avec cette jeune génération qui m’appelle « el padre ». Un élan contagieux qui vous fait dépasser vos limites, oublier la douleur, sous une poussée d’adrénaline. Dans le fond de la gorge, le rio Mapucho en crue est chargé de limons noirs. Les repas sont pris dans l’unique auberge du village sur une île au confluent du rio Mapucho dont les crues chocolat se fondent aux eaux encore cristallines de son affluent. Les tinettes, un simple trou béant au-dessus du courant torrentueux ; des bouffées d’air rafraîchissent agréablement les fesses à chaque visite et distraient des odeurs d’urine fermentée. Pour se laver les mains, un robinet dehors, au coin du restaurant. Les plats rustiques, potages au maïs ou trempe le manioc, riz et pot-au-feu avec une viande découpée en filaments filandreux mais riches en cartilage, fruits au dessert, bananes, grenades ou ananas, tous cueillis dans la région, voilà de quoi vous ragaillardir le corps et vous caler l’estomac pour de bonnes heures. Des musiques technocumba ou des waynos tonitruent dans les haut-parleurs. Il ne faut pas oublier que cet établissement se transforme en boîte de nuit les samedis soirs, comme en témoignent les gyrophares à miroir. Nos compagnes se mettent à rire et me traduisent les couplets d’une chanson :« De la cintura para arriba/ nunca te lastimaré. / De la cintura para abajo/siempre te molestaré./ Es tu culpa si tu calzón/ se comprometió con mi pantalón!” Décidément c’est la vie pure et dure. Le soir est consacré à la réunion de synthèse sur le travail dans les communautés, constat des insuffisances et des progrès aussi : Quelle lucidité de ces jeunes médecins et infirmières sur les conditions de vie des populations indigènes ! Un projet de coopération médicale commence à germer dans ma tête. La fatigue de la journée et l’altitude me contraignent à lutter contre un sommeil sournois. Le retour se fait sur la route détrempée et glissante au bord de précipices de plusieurs centaines de mètres. Des croix, ça et là sur les gouffres, rappellent la mémoire des défunts par chute, dans le passé. Le bus dérape sur la piste boueuse, se faufile entre les éboulements de terre et de roches, plonge avec force éclaboussures dans les fondrières, croise d’autres véhicules en rasant le mince talus au bord du vide. Frisson garanti, mais fatalisme résigné : si notre heure a sonné « so be it , alea jacta est, inch allah» que chacun prie son dieu. Sinon ça passera encore cette fois. Nous sommes même gratifiés d’une crevaison: le pneu ne se dégonfle que progressivement et nous permet d’atteindre le village voisin, Huancarani, 4000 mètres, où le chauffeur change la roue sous la pluie, à plat ventre dans la boue glacée sous le véhicule pour glisser le cric.   A nous, en déambulant dans le marché,

      bus UNSAAC, voyage paucartambo avec étudiants

       le privilège des premiers choclos con queso de la saison, à un sol chacun. Avec la faim, tout paraît savoureux, surtout les mets poissant les doigts. Le corps connaît dans l’ébriété de l’altitude un état second.

      (read next the second chapter)

      *****


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      8/06/2010 - Commentaire sans titre
      Publié par Charo Pereyra
      Me alegra mucho ver como has regresado a tus caminos andinos y poder compartir tu experiencia a través del blog. Tus relatos transmiten la plenitud que vives en esos lugares, tu ayuda a las personas que allí habitan, favoreciendo su continuidad integrados en su medio. Te felicito.

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