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      26/05/2008 - ANDES, de l'horreur à l'extase (II)

      ANDES, de l'horreur à l'extase (II)

      Devant ma table de travail, le regard perdu sur mon Apu protecteur, le Pachatusan pilier du ciel en inca. Il est enneigé aujourd’hui, ce qui explique cette impression de glace dans la moelle des os. Je déplore le manque de mémoire, qui se défile et joue à cache-cache avec les mots et les pensées. cathedrale cuzco, Apu pachatusanOxygène quand tu nous manques ! Oxygène à 50%, c’est une préfiguration d’un grand âge vécu de façon anticipée, heureusement réversible. Lenteur d’idéation sénile comme disent les neurologues. A Cusco l’espoir demeure autour de mes projets, traduction en espagnol et publication du livre sur les premiers pas de l’Ecole de Médecine et les premières missions de médecins et étudiants dans les communautés andines, dans les années 80. Se laisser forger par les circonstances, lire les opportunités offertes par les amis, demeurer dans la main de Dieu, ouvert aux autres, chacun dans sa destinée singulière.

      Le bonheur à Cusco, c’est aussi une omelette au fromage et au bacon avec un lait au pisco ou un café au lait, à la terrasse de l’Ayllu devant la Place d’Armes, avec ses arcades coloniales et les façades d’andésite rose de l’église de la Compaña, sous un soleil filtré par les nuages d’encre, avant les torrents de pluie de l’après-midi. Un authentique centre du monde, soulevant ma passion. L’émotion s’émousse avec les jours, sous le poids de la rude réalité. L’usure des jours mais jamais la nausée comme en Europe.

      Etrange retour des choses, une boucle se referme : on me consulte sur un contrat de recherche avec les Laboratoires S… à propos de plantes médicinales. En principe favorable à ce type d’échanges, je dénonce néanmoins avec vigueur un contrat léonin qui comme par le passé, tente de dépouiller le Pérou, l’Université de Cusco et ses chercheurs de leurs ressources naturelles, de leur patrimoine génétique et de leurs travaux scientifiques. fleurs de Machu PichuLes brevets sur des plantes doivent rester la propriété du pays d’origine et de sa population, et les recherches, l’apanage des scientifiques péruviens. A quand la fin du pillage des ressources et du patrimoine végétal et organique (pétrole, gaz) par les multinationales ? A quand le vrai partenariat ? Des plantes en menace de disparition comme la uña de gato, pour leurs vertus thérapeutiques et leur faveur auprès du grand public, aux Etats-Unis et en Europe.

      4300m, au piede de l'Apu sacré

      La vision magico-religieuse imprègne la vie quotidienne des Andins. Réflexe d’autodéfense d’une population opprimée depuis des siècles, en souffrance morale et persécution culturelle qui se réfugie dans l’utopie, comme l’avait remarqué un ami, Père dominicain.  Rosa la botaniste relève que la marijuana mâle est une drogue ; femelle, elle est une fibre utile pour l’industrie textile. Pauvres plantes qui dès qu’elles rencontrent le succès auprès de l’homme occidental sont menacées d’extinction, comme le sano-sano, columel, une fougère arborescente de la selva amazonique à Cosnipata ou la uña de gato déjà mentionnée (Uncaria tormentosa) chez les Ashaninkas sur le Rio Ene ou chez les Matsiguengas et les Ese Ejas, sur le Rio Madre de Dios.

      portail tiahuanaco, dieu soleil-jaguarQue me vaut la chance de me voir présenter une collection unique, inconnue des archéologues, par Eliazar, l’homme sur les traces de l’Inca, Inkayupin. Originaire de la région de Pukara sur l’altiplano, là où les premiers hommes, indignes, furent pétrifiés par les dieux, il collectionne depuis son enfance des lithosculptures, figurines à plusieurs faces sculptées, guerriers, jaguars, tortues, serpents, grenouilles, limaces, animaux représentatifs du règne de l’eau, et d’autres du monde souterrain, aérien, perroquets, Apus…Ces pierres étaient des cultes votifs pour implorer des faveurs aux dieux, ou pour des cures par frottage, comme ce pénis creux destiné à pratiquer des instillations intravaginales. L’homme jaguar ou le condor-puma est une divinité de Tiahuanaco, avec ses crocs caractéristiques. Le petit condor, condor-apuchi est une divinité enfant.

      condor AndesA son propos Eliazar nous raconte la légende d’une pastourelle courtisée par un condor que des circonstances naturelles avaient laissé veuf.  Elle l’avait conquis par sa beauté, entrevue du haut du ciel. Il donna ses instructions au puma, aux renards et à ses congénères oiseau de proie pour épargner les moutons et les lamas de son troupeau. Un jour il ne se contint plus et la rapta en l’emportant à califourchon sur ses ailes. Il la déposa sur son aire où il lui dressa un lit de plumes et de bonne laine arrachée aux flancs des alpacas. Il la nourrit de côtelettes prélevées sur ses réserves ordinaires. Quelques mois plus tard naquit de cette union peu orthodoxe un enfant à corps humain et à tête de condor qui devint le petit dieu Apuchi, adoré par les habitants de l’ayllu où vivait la jeune fille. Eliazar me montre encore le jaguar-serpent, originaire de la culture chavin. Il y a aussi l’homme-aigle, huamancha, l’homme-guérisseur ridé dont la vénérabilité est attestée par trois cercles inscrits dans son dos. Les hommes-guerriers sont couronnés de plumes maskaypacha. La femme au vagin occupant la moitié de son corps est un symbole de fécondité, de même que la figurine d’une femme accouchant.  Des armes en pierre comme ces casse-têtes qui peuvent aussi assister dans les massages paravertébraux.

      intiwatana machu PichuCes pierres Illas représentent parfois des maquettes de cités en miniature avec leurs andènes, leurs tours défensives, leur intiwatana pour scruter les signes stellaires, leurs fortifications en escalier, signe de l’éclair, comme la ville de Sacsahuaman qui lui était consacrée. Les images sont souvent divisées par un axe de symétrie qui évoque les pôles du Yanantin, l’organisation spatiale des Incas. Ces figurines appellent la protection des dieux sur toute une communauté et sur ses productions agricoles. D’autres pierres portent les insignes du pouvoir en croix, tocapus, ou en forme de vase, aribalo. Dans le musée inca, un schéma des constellations incas attire mon attention.

      Il confirme mes descriptions de la cosmogonie présentée dans mon livre « Andes, La voie du Condor » où l’on reconnaît l’inca avec sa fronde, le lama noir catachillay, le bélier multicolore urcuchillay, notre constellation de la lyre, et la Croix du Sud. La maison des Anciens mallquiwasi abritait les momies des ancêtres Incas que l’on promenait dans les avenues chaque année à l’occasion des rites de la pluie, avant les semailles.

      constellations incas, lama noir

      La forteresse de Sacsahuaman dominant Cusco était consacrée à l’éclair Illapa avec ses fortifications en zig-zag. Elle était semée d’images de pierre sculptée Ch’urukuna, wakas et willkas. On offrait des lamas d’or et d’argent aux cimes neigeuses et à leur symbole, le condor. La prière d’un prêtre retentissait dans l’espace (invocation rapportée par Cristobal de Molina, 1576).

      sacssahuaman forteresse inca
      carnet de route: cosmogonie andine

       


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