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Incas d’hier et d’aujourd’huiSurvivance de la cosmogonie préhispanique dans les Andes François Luis-Blanc Dans les Andes pour la première fois en 1981, pour une mission de recherche médicale, j’y ai subi plusieurs chocs, celui de l’altitude, celui d’une grande misère humaine et sociale, assortie pourtant d’une fascination pour ces peuples indiens, leur culture et leur scène de vie grandiose, impressions qui ne m’ont jamais quitté. Nous savons tous ce qu’a représenté la conquête espagnole du continent américain au XVIº siècle : massacres, véritable génocide de 90% de la population autochtone, évangélisation par le fer et par le feu, inquisition pour « extirper les idolâtries », un doux euphémisme pour signifier un ethnocide brutal.
Dans ce contexte on pourrait croire qu’après cinq siècles d’acculturation, il ne reste rien des cultures indiennes préhispaniques, sinon des ruines et quelques manifestations folkloriques dignes tout au plus de distraire les touristes. Et pourtant, au long des vingt années où j’ai fréquenté les communautés andines durant mes activités d’enseignement ou de recherche avec les étudiants de l’Ecole de Médecine de Cusco, j’ai découvert peu à peu un univers indien très riche, survivance des traditions, rituels et religions préhispaniques. Un imaginaire amérindien qui n’a fait qu’adopter, du bout des lèvres on pourrait dire, la religion et les coutumes chrétiennes imposées par la force. On a parlé de syncrétisme mais il n’est qu’apparent. J’espère vous faire découvrir un monde amérindien qui a su conserver son identité, sans l’adultérer, en adaptant simplement les apparences de ses pratiques aux exigences de l’envahisseur. C’est un message d’espoir pour nous tous, à l’heure de la globalisation et du nivellement général, apparent, des cultures. Nous allons tenter de retrouver dans ce voyage la trace de cette pensée oubliée des époques incas et préincas.
Les peuples amérindiens
Il y a plus de 16.000 années,
au moment d’une glaciation, vous le savez, commença l’odyssée des tribus asiatiques arrivant par le détroit de Behring, migrant par vagues successives vers les territoires qui seraient ensuite ceux des Peaux-rouges nord-américains, ceux des olmèques, mayas et aztèques en Méso-Amérique, pour n’en citer que quelques uns (image # 1). Puis les migrations vers le sud des peuples donnant origine aux cultures régionales tiahuanaco, nazcas, araucans, aux empires chavin, waris et incas. Ces tribus primitives cherchaient sans cesse de nouveaux territoires de chasse et de cueillette, dans les forêts, les plaines et les jungles, puis sur les flancs des montagnes andines. Ces territoires étaient aussi celui du jaguar et ainsi naquit le peuple jaguar de Tiahuanaco(image # 2), près du lac Titicaca (La roche de plomb en quechua, associée au jaguar dont la robe métallique évoque la couleur du plomb). Le jaguar, animal qui chasse la nuit, auquel l’Indien attribue une qualité solaire : la flamme de ses yeux brillants est la lueur du soleil qu’il emporte avec lui dans la nuit, au crépuscule. C’est la divinité féline sculptée sur le fameux portique de la porte du soleil à Tiahuanaco : les rayons solaires émanent de la tête du félin, ses yeux lancent des lames de feu et des larmes de grêle, choque chinchay en quechua.
Ces démons sont transformés en alliés à travers des rituels par les tribus pour écarter la terreur. L’icône féline devient alors la protectrice des cueillettes et des troupeaux. En Bolivie, lors des danses indiennes, on revêt toujours leur masque.
La création par le dieu Wiracocha
Alfonsina Barrionuevo raconte la légende suivante dans son livre “Cusco mágico » :Il fut un temps où le soleil n’illuminait pas la terre. Des hommes étranges vivaient alors, capables de déplacer les roches à volonté en les roulant pour transformer les montagnes en plaines d’un seul coup de leurs frondes géantes. La lune irradiait la pénombre, éclairant à peine ces êtres appelés ñaupas machus, les très anciens.Un jour, Wiracocha, le créateur universel, convoqua les machus pour leur offrir ses pouvoirs. Mais ces derniers le dédaignèrent. Le dieu wiracocha, en colère contre ces êtres qui l’offensent, crée le soleil et commande son lever. Le soleil, jaloux de la lune, prend une poignée de cendres et les jette à la face lunaire, faisant pâlir sa splendeur. Presque aveuglés par la lumière, les ñaupas machus se réfugient dans leurs tanières mais la chaleur de l’astre dessèche leurs peaux collées aux os. Par ce grand incendie primordial, Wiracocha en termine ainsi avec l’âge obscur et pétrifie ces êtres primitifs condamnés désormais à survivre dans les grottes et les anfractuosités des monts. Cet incendie destructeur, soit dit en passant, on le retrouve aussi chez les premiers mayas, dans le livre du Popol Vuh des mayas-quichés. C’est donc un mythe commun à tous les peuples amérindiens. Pas étonnant, dans leurs migrations transaméricaines, ils ont tous croisé l’un de ces incendies dévastateurs des forêts et des savanes. Commence alors l’âge de l’agriculture et le règne de Wiracocha. Les cimes divinisées les Apus créent un couple pour peupler la terre, un homme et une femme remplis de sagesse. L’empire inca légendaire commence ainsi avec le couple primordial descendant du soleil et de la lune. Mama Oqlo-Qollari et Manco Capac Inkari fondent la capitale Cusco, l’ombilic du monde. Les quelques machus qui ont survécu deviennent les soq’as, des êtres momifiés qui vivent dans les cavernes et viennent tourmenter les vivants. Ils se réincarnent parfois dans ces ânes poilus sur la Puna. C’est alors que Wiracocha enseigne aux humains comment construire des canaux d’irrigation et des terrasses agricoles, les remarquables andènes, qui permirent le développement des civilisations andines dans les hauteurs les plus inhospitalières. Historiquement elles apparaissent sur les pourtours du lac Titicaca puis se diffusent à tout l’altiplano andin.Les jardins suspendus de Moray, avec cette série d’andènes circulaires dans un cirque montagneux avaient des canaux d’irrigation préservés depuis plus de 500 ans : c’était peut-être un exemple de pépinière ou de serre pour cultures expérimentales de plantes pour les Incas, pour le maïs mote avec ses énormes grains, la quinua, l’olluco et le tarwi (lupinus), d’autres céréales locales, les 400 espèces de pommes-de-terre, le panti, les fleurs de quantu…Les agriculteurs succèdent donc aux nomades-pasteurs et chasseurs-cueilleurs. On retrouve les bergers de guanacos et lamas, et les chasseurs avec des bolas, une arme lancée comme une fronde que les gauchos d’Argentine utilisent toujours pour attraper le bétail. Ces nomades deviennent alors les maîtres de caravanes de lamas qui assurent le transport des excédents agricoles et le sel des immenses lacs salés de résurgence volcanique sur l’Altiplano, le long des voies incas sur plus de 5000 kms de l’empire des quatre angles, le Tawantinsuyu. J’ai rencontré les descendant de ces porteurs dans la communauté de Huilloc, qui assurent encore aujourd’hui le transport des bagages des touristes sur la Voie Inca vers Machu Pichu. Pour ceux d’entre vous qui ont pu l’emprunter vous pouvez peut-être en reconnaître quelques uns.
(image # 3. fresque de Juan Bravo)
On aborde ainsi l’âge d’or inca, symbolisé par la trilogie andine du félin, de l’éclair-serpent et du condor. Cet âge d’or est l’empire de la paix, des aliments contre la faim, de la tolérance religieuse et du culte des Ancêtres, les huacas, les momies et tous les fragments de céramiques. J’insiste sur cette notion parce qu’aujourd’hui encore, l’élite intellectuelle et politique de Cusco se réclame de cette époque et voudrait ressusciter cet âge d’or, peut-être utopique, mais comme un modèle de développement local, bien différent de la globalisation occidentale.
L’unité de cet empire inca est l’ayllu, la communauté andine traditionnelle qui s’étage comme celle des Queros, près de Cusco sur trois zones, la montagne pour les lamas, l’altiplano pour la culture, et parfois le piémont amazonien pour la cueillette des fruits tropicaux et la recherche de l’or. On y retrouve l’égalité entre l’homme et la femme qui travaillent coude à coude dans les champs. L’homme ouvre la terre avec la chacla, une pioche locale , et la femme plante les semences. Dans les beuveries des fêtes aussi, les épouses ne se privent pas. On est en présence d’une civilisation de la réciprocité avec les dieux et entre les humains. Il faut édifier des ponts entre le monde des vivants et les mondes invisibles, les esprits et les ancêtres.
Astronomie et cosmogonie inca
Depuis les temps les plus anciens, l’homme à son réveil à l’aube regarde les étoiles. Il fait l’astronome et consulte d’emblée le ciel et les astres pour savoir ce que lui réserve le jour et le climat. Il étudie le mouvement des astres par rapport au soleil, l’être divin. Cela devient une pratique traditionnelle pour l’agriculteur d’observer les étoiles et les constellations qu’il projette sur l’écliptique des planètes et le zodiaque des constellations. Il s’attache, comme les anciens égyptiens ou mayas, à définir la sortie héliaque des astres, c’est-à-dire, leur émergence à l’horizon est, juste avant le soleil à l’aurore. Vous pouvez imaginer que les constellations de l’homme andin n’ont rien de commun avec les nôtres, héritées du monde assyro-babylonien et de la mythologie grecque.
Nous pouvons faire une digression dans cette cosmogonie andine, une façon de nous initier à l’imaginaire amérindien. La Voie Lactée, parce qu’elle est facilement observable, est dans tous les mythes cosmologiques du monde l’instrument chronographique de prédilection pour organiser les calendriers célestes et les rituels agricoles. Vous allez découvrir avec elle le pont, la connexion de l’humanité andine avec le supramonde, Hanan Pacha. La rivière Mayu, le chemin du lama, est la frontière entre les mondes. Le serpent mythique amaru à deux têtes apparaît parfois, près du cactus hallucinogène san pedro, lors d’une séance de divination. Il représente aussi cette voûte céleste, une force destructrice qui s’agite sous la terre et fait crouler les montagnes. Il figure encore sur les linteaux des portes incas, pour faire fuir les mauvais esprits.
L’arc-en-ciel, de la couleur de la bannière inca que la ville de Cusco brandit toujours, possède sept bras de lumière et un œil malin, le terrible k’uichi. Il représente un autre chemin de communication avec le monde d’en haut, hanan pacha, et les dieux. Une légende, qui peut-être utile pour expliquer les enfants adultérins, veut que l’arc-en-ciel peut féconder les donzelles solitaires qui croisent son feu et s’en trouvent enceintes. De même, une femme gravide ne peut le regarder sans risquer de graves malformations pour son enfant.
(cosmogonie inca)
Les échelles sculptées ou figurations de l’éclair sur les stèles-rempart d’Ollantaytambo, dernière résidence d’été des Incas et des nobles Panacas dans la vallée sacrée, sont un pont chacana vers l’Equateur céleste. Elles sont un symbole de pouvoir et aussi un autre point d’échange avec les mondes surnaturels. Cela paraît intéressant de connaître le chemin qui nous conduira jusqu’au ciel au moment de notre mort, grimpant par ces échelles, comme celle de Jacob dans ses rêves, jusqu’à la Voie Lactée. Je crois que vous ne pourrez plus désormais la voir avec les mêmes yeux…A Cusco les deux bras de la rivière céleste avec leur confluence vers le nord (nous sommes dans l’hémisphère sud, avec les figures inversées) coulent en aval depuis la montagne cosmique, le Pachatusan, pilier du ciel en quechua, tusan ce sont les poteaux de soutien des maisons. C’est aussi sur le Pachatusan que se lève le soleil, derrière l’église de la compania jésuite. On retrouve tous les éléments que je viens de vous citer sur la cosmogonie dessinée par Salcamayga Pachacuti au XVIº siècle, comme représentation d’un disque en or qui figurait sur les parois du Qoricancha, le temple du soleil, avant la conquête, et que les Espagnols bien sûr ont fondu en lingots. C’était une forme d’extirpation des idolâtries qui rapportait gros aux conquérants. Nous allons nous attarder quelque peu sur cette image. Le dieu wiracocha siége au centre, sous la forme de cet oval, la matrice ou l’oeuf cosmique. Il lance ses foudres quand il déchaîne son tonnerre et l’éclair Illapa. Le couple primordial apparaît sur l’axe de symétrie, le long de l’équateur céleste qui traverse les Tres marias, la grande manade d’animaux pour les Incas, flanqué du dieu soleil Inti et de la déesse lune Mamaquilla. L’arc-en-ciel couvre la voûte céleste au-dessus de la terre Pachamama.
Le flux des eaux célestes est important à noter. Les rivières célestes, le pilcomayo, le pucyo et la mer mamacocha coulent entre les nuages brillants du ciel et débouchent près de la Croix du sud où elles forment l’écume du choc zénithal. C’est là que nous regardons le point le plus lumineux de notre galaxie et que se trouvent les constellations andines connues comme la Lama Yacana et la renarde céleste. Elles correspondent aux taches obscures, situées sur la Voie Lactée, bien visibles en octobre. Le mythe nous conte que le lama noir, avec ses yeux brillants nayñauin, doit boire toute l’eau de l’océan Pacifique dans la source céleste pour uriner ensuite les pluies au moment des semailles.
Les sacrifices rituels incas
Nous constatons ainsi l’importance fondamentale donnée par les Anciens au flux des eaux célestes en rapport avec le régime des pluies sur la terre. C’est pourquoi se célébrait en décembre la fête Capacocha (mer du roi), avec des sacrifices aux huacas et une procession des momies royales pour soutenir le lama noir dans cette bataille et contrôler les inondations. On comprend mieux ce phénomène quand on pense aux cataclysmes déclenchés par le Niño, qui se répète de façon cyclique, déjà aux époques préhispaniques. On sacrifiait donc des lamas, mais aussi des enfants. Vous vous souvenez de cette momie congelée d’enfant retrouvée au sommet d’un volcan de 6000m. Aujourd’hui on a retrouvé une vingtaine de jeunes filles sacrifiées dans les mêmes circonstances . L’empire inca se construit autour de la prière. C’est une affirmation audacieuse mais si l’on considère que ces sacrifices étaient une invocation portée jusqu’aux étoiles par les âmes des enfants sacrifiés comme émissaires auprès des divinités pour arrêter le désastre. C’était aussi une conjuration de la peur que le Créateur puisse abandonner ses créatures (image # 6). Les peuples andins étaient terrorisés devant les éclipses, cela vous le savez depuis votre enfance quand vous avez lu Tintin et le « Temple du Soleil ». Ils croyaient comme beaucoup d’autres peuples premiers que le soleil et la lune pouvaient mourir, comme la chute de l’astre pouvait le faire croire avant les solstices d’hiver. Une éclipse solaire pouvait-elle effectivement sauver Tintin du sacrifice ? Soit dit en passant, Hergé avait bien fait son travail d’anthropologue. Mais après tout ce que je vous ai raconté sur les connaissances des astronomes andins, je ne pense pas qu’ils puissent être pris au dépourvu par une éclipse, dont ils savaient prévoir la survenue. Tout au plus auraient-ils été admiratifs des connaissances astronomiques du jeune héros et je crois qu’ils auraient pu l’admettre dans leurs rangs ou le respecter comme un savant étranger, qui ne méritait plus d’être immolé.
Je vous soumet une brève oraison à Wiracocha relatée en 1613 par Pachacuti Yamqui, l’auteur de la carte cosmogonique, pour vous faire entendre la musique de la langue quechua, à la fois onomatopéique et métaphorique :
Ah ! Uuiracochanticcicapac / Maypin canqui ? Maypin canqui ? Hanancocha mantarayac/ Hurincocha /Tiyancaya .Ah ! Wiracocha, premier arpenteur géomètre, où es-tu ? Depuis la mer au-dessus de nous, jusqu’à la mer à nos pieds, Tout est ton trône.La poésie de la langue quechua, héritée des âges où l’homme comprenait encore la langue des animaux, apparaît encore dans les noms de ses villages et hameaux comme.Waqan wayqu, la gorge qui pleure, Intipampa, la plaine du soleil: Wiñay wayna, la jeune éternelle la jouvence: Anquasmarca, le nid des condors: Phuyupatamarca, le village sur les nuages, voilà un endroit où les artistes ou chacun d’entre nous aimeraient bien vivre !
() (El secreto de los Incas; los misterios de una civilizacion perdida. William Sullivan, Ed. Grijalba, Barcelona, 1999).
À Cusco, les directions cardinales croisant le Temple du Soleil, passent sur l’axe Est-Ouest par le mont Pachatusan et par l’axe nord-sud se dirige vers la sortie de la Croix-du Sud ). Le Quoricancha, cela veut dire l’enceinte d’or, était le cœur des quatre provinces du Tawantinsuyu dont la grande muraille elliptique a ses terrasses orientées au sud-ouest, vers le soleil. C’est pourquoi Cusco est l’ombilic du monde, dans la paume de la « montagne cosmique » dont parle Mircea Eliade, un mythe récurrent dans beaucoup de cultures. Les prêtres incas multipliaient les rituels à l’occasion du lever de soleil au solstice d’hiver en juin (nous sommes dans l’hémisphère sud, ne l’oubliez pas). C’était et c’est toujours l’Intiraymi, la fête du soleil que l’on célèbre aujourd’hui comme le Corpus Christi, Inquisition oblige. Mais dans l’esprit des Indiens, il n’y a aucune équivoque !Il faut encore souligner que le Wilcamayu ou Vilcanota ou Urubamba, la rivière qui traverse la Vallée Sacrée près de Cusco, qui coule ses limons couleur de cendres en dégageant des vapeurs, est elle aussi associée au fleuve de feu originel dans le ciel, la Voie Lactée. Et voilà la boucle refermée qui fait de nouveau de Cusco l’ombilic du monde. Vous voyez que tous les chemins ne passent pas par Rome. La papauté et l’Inquisition avaient oublié les routes incas
Il y a 20 ans, j’ai participé à un rite de Pago a la tierra, offrande à la terre, avec une lecture dans la coca, effectué par un Paqo, un sorcier ou shaman que l’on appelle aussi altomisayoq ou pampamisayoq selon son origine de la montagne ou de la plaine. A cette occasion, il m’avait aussi consacré au Pachatusan, la montagne cosmique de Cusco (image#8). Le rituel était destiné à favoriser à l’époque le développement de l’Ecole de Médecine, toute nouvelle, qui se logeait dans les dépendances d’une demeure coloniale, La Casa del Almirante, près de la Plaza de Armas, au centre ville. Sur le terrain vague où se déroula le rituel, vous pouvez me croire, se dressent aujourd’hui plusieurs édifices respectables qui abritent la faculté de médecine, consacrée comme l’une des meilleures des Andes pour sa formation dispensée en faveur des populations indiennes locales L’histoire andine se déroule par cycle, les Pachacutec, comme l’historien péruvien Pablo Macera les décrit. Après l’âge d’or inca que nous venons de parcourir, le mauvais comportement des hommes, leurs vices et leur manque de vénération commencent à irriter sérieusement le dieu Wiracocha. Il décide d’abandonner la terre à son sort, (et dépêche l’instrument de son châtiment, fléau du destin, le capitaine Pizarro, prétendent les mauvaises langues). Mais on appelle cela de l’ethnocentrisme, toujours tout interpréter par le petit bout de notre lorgnette. En chemin vers son palais céleste, où croyez-vous que le dieu se dirige ? Evidemment, il emprunte la Voie Lactée qu’il croise sur un pont chacana, une partie de notre Croix du Sud. Son départ est la répétition cyclique du mythe qui parlait de l’âge des guerriers, déjà en l’année 640 de notre ère, quand tout le monde andin fut détruit par une inondation, toujours le phénomène del Niño.
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